Congrès 2007 de l'AASLD

Le congrès annuel de l’AASLD (Association Américaine des maladies du foie) s’est tenu à Boston (USA) du 2 au 6 nov. Plusieurs présentations ont concerné la cirrhose biliaire primitive, les cholangites sclérosantes et l’hépatite auto-immune. La conférence plénière (state-of-the art lecture) donnée par le Professeur Raoul POUPON était intitulée : PBC: current concepts, rational and emerging therapies (concepts actuels, traitement rationnels et émergents). Parmi les communications scientifiques pouvant avoir un transfert de connaissances en pratique et des applications cliniques à court terme, citons les suivantes :

L’exendin-4 protège les cellules biliaires de la mort par apoptose (Marzioni et al)

Il s’agit d’une étude italo-américaine (Ancona, Italie et Temple, Texas-USA) dans la lignée de nombreuses études antérieures menées par ces équipes de chercheurs ayant pour but de comprendre les mécanismes de disparition des petites voies biliaires (ductopénie) afin de trouver des traitements efficaces. Avant l’introduction de l’acide ursodésoxycholique (AUDC) comme traitement de la CBP, une grande partie des patients avait une maladie évolutive caractérisée par la perte irréversible des cellules biliaires. Actuellement encore un certain nombre de patients présente ce phénomène malgré le traitement par l’AUDC. Le Glucagon like peptide-1 (GLP-1) est une hormone fabriquée et sécrétée par les cellules endocrines du tube digestif. Le récepteur de cette hormone est présent, voire même hyperexprimé lorsqu’il existe une pathologie biliaire expérimentale. L’exendin-4 est un agoniste (un stimulant) de ce récepteur. L’exendin-4 est utilisé dans le traitement de certaines formes de diabète car il protège et assure la survie des cellules du pancréas responsables de la sécrétion d’insuline (l’hormone anti-diabétique). Dans leur travail, les auteurs montrent dans différents modèles expérimentaux que l’Exendin-4 protège les cellules biliaires de l’apoptose, les chercheurs détaillent en outre les mécanismes de cette propriété. Il reste maintenant à déterminer si au cours de la cirrhose biliaire primitive, l’administration de cet agoniste pourrait être efficace.

Urso et NorUrso : des mécanismes d’action complexes

Tout le monde connait l’Urso (AUDC). Le NorUrso (un Urso modifié) serait bien plus efficace que l’urso standard tout au moins dans un modèle de souris, la souris md22 -/-, c’est à dire chez laquelle le gène mdr2, responsable de la sécrétion de phospholipides dans la bile est absent. Dans ce modèle qui reproduit les lésions du foie et des voies biliaires que l’on observe dans les cholangites sclérosantes, la cirrhose biliaire primitive et certaines formes de maladies cholestatiques de l’enfant, l’équipe de M. Trauner (Graz, Autriche) a montré que le Norurso avait un effet presque magique. L’une des explications avancées est que le NorUrso, contrairement à l’Urso, ne pourrait se lier lors de son passage dans le foie à la taurine et la glycine. La liaison à la taurine et la glycine serait donc le mécanisme rendant compte de la moindre efficacité de l’urso. Dans un modèle expérimental particulier (la cholestase induite par l’acide lithocholique), U. Beuers (Munich, Amsterdam) et al montrent que la liaison à la taurine est au contraire une condition nécessaire à l’action bénéfique du Norurso. L’étude ayant été menée chez le rat et non pas la souris laisse penser que les effets du NorUrso pourraient être espèce dépendant. Je rappelle que des études démarrent chez l’homme. Il se pourrait donc que les résultats de la souris ne soient pas transposables à l’homme.

Publié dans Le point recherche #3 | Septembre 2008 | Rédaction Prof. Poupon Centre de Référence des Maladies Inflammatoires des Voies Biliaires, Hôpital Saint Antoine