Fatigue et PBC: mythe, réalité et signification

De nombreux patients souffrant de maladie hépatique se plaignent de fatigue. Ce symptôme est en particulier fréquent chez les patients ayant une hépatite chronique C ou ayant une CBP. La fatigue n’est donc pas considérée comme un symptôme spécifique de la cirrhose biliaire primitive. De nombreuses études récentes ont porté sur ce sujet dans le but de mieux définir l’impact de ce symptôme sur la qualité de vie, sur ses caractéristiques et sa physiopathologie.

Dans une étude effectuée en France (Poupon R, Hepatology, 2004, 40 : 489), étude qui avait inclus 272 patients français avec CBP, il avait été constaté un impact majeur de la fatigue sur la qualité de vie. Il avait également été constaté que cette fatigue n’était pas corrélée à la sévérité de la CBP. Le symptôme était expliqué en grande partie par un manque d’énergie et une réaction anormale aux stress émotionnels. Enfin, dans cette étude, il avait été constaté que l’acide ursodésoxycholique était associée à une amélioration très significative des scores évaluant la fatigue, le manque d’énergie, et la réaction aux émotions.

De telles constatations ont également été faites dans d’autres études menées en particulier en Europe et au Canada. D’autres études ont en outre montré que la dépression, la somnolence diurne, la diminution des performances cognitives étaient des caractéristiques associées à la fatigue au cours de la CBP. Une étude très récente réalisée aux Etats Unis (Selmi C, Hepatology, 2007, 46 : 1836), incluant 1032 patients et 1041 contrôles, met en doute en partie ces résultats. En effet, cette étude indique que la qualité de vie des patients avec CBP aux Etats Unis est très bien préservée. Une des explications possibles pourrait être que les patients inclus dans l’étude américaine étaient en moyenne significativement plus jeunes que les patients inclus dans les études européennes.

Quoiqu’il en soit, compte-tenu de l’observation que certains patients ont une fatigue associée à des troubles du sommeil et une somnolence diurne accrue, un essai ouvert ayant pour but de tester le Modafinil, un médicament approuvé pour le traitement de la narcolepsie (la narcolepsie est caractérisée par une hypersomnolence pathologique), a été réalisé en Angleterre (Jones DE, Aliment Pharmacol Ther, 2007). Cette étude montre que le Modafinil améliore très significativement la fatigue et la somnolence des patients. Notre expérience de l’hôpital Saint-Antoine confirment ces observations préliminaires.

L’équipe de l’Unité de Recherche en Neurosciences de l’université de Montréal (Butterworth et coll, Neurogastroenterol Motil 2008) fournissent d’autres résultats intéressants concernant la base biologique de la fatigue au cours de la CBP et de l’hépatite chronique C. En effet, ces auteurs ont constaté que certains métabolites de la progestérone, métabolites qui sont connus comme des inhibiteurs des récepteurs GABAergiques dans le cerveau sont augmentés dans le sang des patients souffrant de fatigue qu’ils aient une CBP ou une hépatite C. En revanche, les concentrations sont normales chez les patients n’ayant pas ce symptôme. De ce fait, ce résultat représente un mécanisme pathophysiologique possible pouvant expliquer la fatigue au cours des maladies chroniques du foie et supporte donc la thèse que la fatigue n’est pas un mythe mais une réalité.

Publié dans Le point recherche #3 | Septembre 2008 | Rédaction Prof. Poupon Centre de Référence des Maladies Inflammatoires des Voies Biliaires, Hôpital Saint Antoine