Professeur Raoul Poupon

Les PSC sont des maladies inflammatoires, cholestatiques et chroniques des voies biliaires fréquemment associées aux maladies inflammatoires de l’intestin (rectocolite hémorragique, maladie de Crohn). Outre l’évolution possible vers la défaillance hépatique justifiant la transplantation hépatique, les patients sont exposés au risque de cancer des voies biliaires (cholangiocarcinome).
Sur une période de suivi de 10 ans le risque de survenue du cholangiocarcinome est estimé à 10%. La sévérité de la PSC , jugée sur l’élévation de la bilirubinémie, la présence de varices oesophagiennes, l’existence de cancer ou de dypslasie colorectale sont des variables fréquemment associées au risque.
Afin de détecter au plus tôt ce type de cancer, il est recommandé d’effectuer une échographie et un examen par résonnance magnétique nucléaire du foie annuellement. Selon la localisation du cancer et son extension les traitements proposés comportent la chimiothérapie, la radiothérapie, la résection chirurgicale et la transplantation. Cependant le bénéfice thérapeutique de ces interventions reste limité.

Pour cette raison, il est crucial d’identifier les facteurs susceptibles de prévenir la survenue du cholangiocarcinome.

L’association de la prise d’aspirine et l’incidence de cancers en général a déjà fait l’objet d’études épidémiologiques importantes. Ces études ont montré que la prise d’aspirine à des doses utilisées pour la prévention du risque cardiovasculaire diminuait significativement le risque de survenue de cancers digestifs en particulier colorectal. En 2015, faisant suite à ces études l’ US Preventive-Services-Task-Force (USPSTF) recommandait l’utilisation de l’aspirine dans la prévention du cancer colorectal.

( Cao Y, Nishihara R, Wu K, Wang M, Ogino S, Willett WC, Spiegelman D, et al. Population wide Impact of Long-term Use of Aspirin and the Risk for Cancer. JAMA Oncol 2016.)

L’étude de Choi et al de la Mayo Clinic (Rochester, USA) apportent des arguments pour le rôle de l’aspirine (80-120mg/Jour) dans la prévention du cholangiocarcinome au cours des PSC. (Hepatology, 2016). Les auteurs ont réalisées une étude incluant 2395 cas de cholangiocarcinomes et 4769 contrôles. Il s’agit donc d’une étude rétrospective comportant les biais inhérents à ce type de travail. Néanmoins le grand nombre de cas et de contrôles, le sérieux reconnu des auteurs apportent des garanties sur la validité des résultats.

Ils montrent, ce qui est connu, que la PSC est le facteur de risque principal de survenue des cholangiocarcinomes. Cette étude confirme aussi que les autre facteurs de risque sont principalement les cirrhoses dues aux virus des hépatites B et C, le diabète et le tabac.

Le résultat majeur est la constatation que la prise d’aspirine réduit considérablement le risque d’environ 65%. A noter que l’effet de l’aspirine dans le groupe PSC-cholangiocarcinome ou PSC-diabète n’a pas été analysé spécifiquement. De même les interactions entre la prise d’aspirine et de metformine (médicament connu pour réduire la survenue de cancers biliaire) n’ont pas été analysées. L’effet de la durée de la prise d’aspirine est également mal précisé (une durée de prise de plus de 6 ans est actuellement admise comme facteur de prévention).La plausibilité de l’effet bénéfique de l’aspirine est néanmoins renforcée par les effets biologiques connus de l’aspirine sur certains mécanismes de cancérisation en particulier biliaire.

Les résultats de cette étude cas –contrôle demandent donc à être confirmés par une étude thérapeutique contrôlée randomisée comparant aspirine et placebo. Un telle étude apparaît réalisable et hautement souhaitable en ciblant en particulier les patients atteint de PSC.

Choi J, Ghoz HM, Peeraphatdit T, Baichoo E, Addissie BD, Harmsen WS, Therneau TM, et al. Risk Factors for Cholangiocarcinoma: Aspirin-use and the Risk of Cholangiocarcinoma. Hepatology 2016.