L’acide ursodésoxycholique : bon pour le foie et le colon des cholangites sclérosantes primitives ?

Mitchell SA, Bansi DS, Hunt N, Von Bergmann K, Fleming KA, Chapman RW.

A preliminary trial of high-dose ursodeoxycholic acid in primary sclerosing cholangitis. Gastroenterology 2001;121:900-7.

Tung BY, Emond MJ, Haggitt RC, Bronner MP, Kimmey MB, Kowdley KV et al.

Ursodiol use is associated with lower prevalence of colonic neoplasia in patients with ulcerative colitis and primary sclerosing cholangitis.
Ann Intern Med. 2001;134:89-95.

L’acide ursodésoxycholique (AUDC) est le principal traitement médical de la CSP mais, alors que son efficacité en terme de survie sans transplantation est bien établie pour la cirrhose biliaire primitive (CBP), ceci n’est pas le cas pour la CSP. A la posologie de 13-15 mg/kg/J, une étude contrôlée AUDC vs placebo portant seulement sur 14 malades et plusieurs études pilotes ont montré une amélioration biologique par AUDC. L’étude randomisée la plus importante (105 patients, AUDC vs placebo) a confirmé l’effet sur la biologie (diminution de la bilirubinémie, de l’activité des phosphatases alcalines, augmentation de l’albuminémie) mais n’a pas montré de bénéfice en termes de survie sans transplantation. Cependant, les patients inclus dans cette étude étaient à un stade avancé de la maladie comme en atteste une survie à 4 ans sans transplantation inférieure à 55 % dans le groupe placebo.

Mitchel et al ont étudié l’effet d’une posologie plus forte d’AUDC (20 mg/kg/J) chez des patients moins graves. Cette étude randomisée en double aveugle AUDC vs placebo a inclus 26 patients suivis pendant 2 ans. Aucun décès de cause hépatique n’est survenu. Il a été observé une amélioration biologique et une moindre progression des lésions histologiques (fibrose) et cholangiographiques dans le groupe AUDC. Aucun effet secondaire significatif n’a été rapporté. Ces résultats, bien que préliminaires et devant être confirmés, sont encourageants. En pratique clinique, la quasi totalité du CSP est traitée en France par AUDC. Un autre argument en faveur de l’utilisation de l’AUDC est extrahépatique. En effet Tung et al ont étudié la survenue de dysplasie colique chez les patients ayant une rectocolite hemorragique (RCH) associée à une CSP. Cinquante neuf patients bénéficiant d’une surveillance coloscopique rigoureuse avec biopsies coliques multiples ont été inclus. Une dysplasie a été mise en évidence chez 26 (44 %) dont 11 de haut grade. Soixante neuf pour cent étaient traités par AUDC depuis 3,5 ans en moyenne. En analyse multivariée, la prise d’AUDC était très significativement associée à une diminution du risque de dysplasie (Odds Ratio : 0,14, IC 95 % : 0,03 – 0,64).

Malgré l’existence de biais possibles dans cette étude non prospective, ces résultats sont là aussi encourageants. Ils sont en accord avec l’effet bénéfique de l’AUDC observé d’une part, dans des modèles expérimentaux de carcinogenèse colique et d’autre part, en terme de récidive de polype colique après polypectomie chez les patients ayant une CBP.