Qu’est-ce que l’Hépatite Auto-Immune (HAI) ?

L’hépatite auto-immune est une maladie complexe et délicate à diagnostiquer, qu’on trouve souvent en conjonction avec une autre maladie biliaire, parfois seule. Cet article fait le point sur ses causes et son traitement.

L’Hépatite Auto-Immune

par le Professeur Raoul Poupon

Hopital Saint Antoine – Paris

L’hépatite auto-immune se définit comme une maladie inflammatoire chronique du foie de cause inconnue, pouvant survenir à tout âge. En l’absence de traitement, cette inflammation peut être responsable de nécrose, de fibrose et de cirrhose. L’hépatite auto-immune est associée presque toujours à des anomalies de l’immunité sous forme d’auto-anticorps, d’augmentation des gammaglobulines sériques. Dernière caractéristique : la sensibilité de l’inflammation hépatique aux médicaments immuno-suppresseurs, tout particulièrement aux corticostéroïdes.

Cause et pathogénie de la maladie

La ou les causes de la maladie sont inconnues. Autrement dit, pour faire le diagnostic, les causes habituelles d’inflammation hépatique doivent être écartées. On estime actuellement que le mécanisme déclenchant l’apparition de l’hépatite auto-immune nécessite des facteurs déclenchants et un terrain de susceptibilité génétique particulier.Les facteurs déclenchants sont très probablement des virus. Les arguments sont les suivants :

  1. de nombreux virus en particulier les virus hépatotropes (ceux qui se multiplient dans le foie) déclenchent fréquemment des phénomènes d’auto-immunité ressemblant aux phénomènes d’auto-immunité observés dans l’hépatite auto-immune ;
  2. certains cas d’hépatite auto-immune vrais sont précédés d’infections virales telles que la rougeole, les infections à cytomégalovirus ou à Epstein Baar virus mais aussi des infections par le virus de l’hépatite A ou C ;
  3. d’autres facteurs déclenchants classiques sont les médicaments. En effet, certains médicaments ont été rendus responsables d’atteinte hépatique mimant tout à fait une hépatite auto-immune. Cela a été le cas en particulier de l’oxyphenisatine, médicament utilisé dans le traitement de la constipation, certains médicaments hypertenseurs, le plus connu ayant été l’acide tienilique, médicament retiré du commerce depuis plusieurs années pour cette raison. Plus récemment, certaines statines, certains antibiotiques, certains anti-inflammatoires ont été tenus pour responsables d’atteintes hépatiques mimant les hépatites auto-immunes. Cependant, dans toutes ces situations, l’arrêt du médicament a toujours été accompagné de la régression des signes d’hépatite auto-immune.

Le deuxième facteur important dans le déclenchement de l’hépatite auto-immune est la susceptibilité génétique.

L’un des systèmes qui contrôle l’immunité est le système des gènes HLA (Human Leucocyte Antigen). Il s’agit d’un ensemble de gènes, présents sur le chromosome 6 au sein d’un complexe dit « complexe majeur d’histocompatibilité). Ce système présente une variabilité génétique considérable. Il comporte une très grande quantité de gènes codant pour des protéines, dont le rôle est de présenter au système immunitaire (les lymphocytes, les macrophages), les molécules appartenant à des virus, des bactéries ou des xénobiotiques.

Autrement dit, si la protéine ou un peptide HLA caractéristique d’un individu est incapable de présenter correctement au système immunitaire un peptide d’origine microbienne, la réaction immunitaire ne se fera pas ; de ce fait, l’inflammation ne se produira pas. En revanche, la situation inverse peut être imaginée, certains individus ont des molécules HLA très performantes capables de présenter des peptides microbiens au système immunitaire. Dans cette situation, le système immunitaire répondra de façon optimale et permettra l’élimination définitive du peptide microbien.

Dans les situations intermédiaires, on peut imaginer que l’antigène microbien sera présenté de telle manière que la réaction du système immunitaire sera déclenchée mais insuffisante pour éliminer définitivement l’antigène. Dans cette situation, une réaction inflammatoire chronique se créée : c’est l’hépatite auto-immune chronique.

Certaines molécules HLA (dites HLA DR3, DR4) sont typiquement associées à l’hépatite auto-immune. Le groupe HLA DR3 est associé fréquemment à des hépatites sévères, les molécules HLA DR4 à des hépatites moins sévères.

Comme on l’a vu plus haut, on voit que le système immunitaire lui même – indépendamment des molécules HLA – a un rôle crucial. Un système immunitaire paralysé tel que l’on le voit dans certains déficits immunitaires, primitifs ou acquis (acquis signifie du fait de l’administration d’une chimiothérapie, d’un traitement immuno-suppresseur) protège contre le déclenchement de l’autoimmunité. Des arguments récents sont apportés par des études in vitro et in vivo montrant que certaines populations de lymphocytes appelés CD4+ CD25+, lymphocytes régulateurs pourraient être en cause dans la survenue d’auto-immunité. Cela a été montré dans une maladie auto-immune comme le lupus érythémateux disséminé et également l’hépatite auto-immune.

Points clés

  • L’hépatite auto-immune est une maladie inflammatoire du foie pouvant survenir à tout âge.Le diagnostic doit être évoqué devant toute élévation chronique des transaminases ne relevant pas d’une cause habituelle, en particulier virale.
  • Le diagnostic repose – outre l’élévation des transaminases – sur l’élévation des gammaglobulines, la présence d’autoanticorps et les données de la biopsie hépatique montrant une hépatite dite d’interface lymphoplasmocytaire.
  • Les anticorps détectés par les méthodes d’immunofluorescence sont présents dans 85 à 90% des cas. Une demande complémentaire d’anticorps anti-SLA doit être toujours spécifiée en l’absence d’anticorps anti-tissus.
  • 10 à 15% des patients ayant soit une cholangite biliaire primitive, soit une cholangite sclérosante primitive présentent une hépatite auto-immune.
  • Dernier élément essentiel : l’hépatite auto-immune est une maladie dont la guérison est obtenue par l’administration de corticoïdes et d’immuno-suppresseurs. Cependant, ces traitements doivent être poursuivis généralement à vie pour éviter une récidive.

Les principales références sont trouvées dans les articles suivants :

  • Krawitt EL. Autoimmune hepatitis. N Engl J Med 2006; 354:54-66.
  • Gregorio GV, Portmann B, Karani J, et al. Autoimmune hepatitis / sclerosing cholangitis overlap syndrome in childhood: a 16-year prospective study. Hepatology 2001; 33:544-53.
  • Mieli-Vergani G, Vergani D. De novo Autoimmune hepatitis after liver transplantation. J Hepatol 2004; 40:3-7.
  • Chazouillères O, Wendum D, Serfaty L, Montembault S, Rosmorduc O, Poupon R. Primary biliary cirrhosis / autoimmune hepatitis overlap syndrome: clinical  features and response to therapy.Hepatology 1998; 28:296-301.

RP 02/03/06