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L’Acide ursodésoxycholique : du foie au tube digestif

Professeur Raoul Poupon, Hopital Saint-Antoine

Présentation lors des journées francophones de pathologies digestives (avril 2005)

 

L’acide ursodésoxycholique est un acide biliaire hydrophile présent à l’état normal dans la bile humaine à de très faibles concentrations. L’administration de ce médicament représente le traitement de première ligne des cholangiopathies inflammatoires et cholestatiques.
Le but de cette présentation est d’examiner les mécanismes d’action supposés de l’acide ursodésoxycholique, d’examiner ses modalités de prescription et résumer les données actuelles concernant l’influence de ce traitement sur la carcinogénèse colique. L’absorption intestinale de l’acide ursodésoxycholique dépend de la dissolution par solubilisation dans les micelles mixtes d’acides biliaires endogènes. Cela signifie qu’il doit être ingéré au moment ou à la fin des repas afin d’obtenir une absorption intestinale correcte. Les doses thérapeutiques au cours de le cirrhose biliaire primitive avec bilirubinémie normale ou inférieure à 34 µmol/l sont de l’ordre de 12 à 15 mg/kg/jour. Au cours de la cholangite sclérosante primitive et de la mucoviscidose, les doses thérapeutiques, en l’absence d’ictère ou en cas de bilirubinémie inférieure à 34 µmol, peuvent aller jusqu’à 20 à 25 mg/kg/jour. Les mécanismes capables d’expliquer les effets bénéfiques de l’AUDC dans les maladies cholestatiques sont en partis indéterminés compte-tenu des effets biologiques multiples de l’acide ursodésoxycholique. Trois mécanismes principaux sont mis actuellement en avant : la protection cellulaire hépatocytaire et cholangiocytaire vis-à-vis de la cytotoxicité des acides biliaires endogènes, la stimulation de la sécrétion hépatobiliaire et l’interruption du cycle entérohépatique des acides biliaires, et enfin l’effet anti-inflammatoire. L’acide ursodésoxycholique diminue en effet les activités phospholipasiques A2, NO synthase inductible et NF Kappa B indépendamment de la présence ou non d’acides biliaires en quantité excessive.

Les acides biliaires sont considérés comme des promoteurs de la carcinogénèse colique. Il en est tout autrement de l’acide ursodésoxycholique bien que cet acide biliaire favorise le passage colique des acides biliaires endogènes et augmente ainsi leur concentration intraluminale dans le colon pouvant donc théoriquement promouvoir la carcinogénèse. Les premières études effectuées aux Etats Unis sur le plan expérimental ont montré que l’addition d’acide ursodésoxycholique à un régime enrichi en acide désoxycholique diminuait significativement l’incidence des adénomes et des cancers coliques. Des preuves supplémentaires ont été obtenues depuis montrant que l’acide ursodésoxycholique inhibait l’activation in vivo de Ras, de ErbB2 par l’EGF dans la muqueuse colique de la souris. Les propriétés anti-Cox 2 de l’AUDC ont également été démontrées. Elles pourraient être médiées via l’inhibition de la NO synthase et de NF Kappa B. Chez l’homme, l’action potentielle de l’AUDC dans la prévention du cancer colorectal est suggérée dans trois études, une au cours de la cirrhose biliaire primitive, les deux autres au cours de la cholangite sclérosante associée à la colite ulcéreuse.

aller à l’enregistrement de la conférence sur le site de la Société Française de Gastroentérologie